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    Chez Zic Zazou, l’œil écoute et l’oreille regarde

    24/01/2012

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    strong>Dans « Obstinato », dernière création de la compagnie Zic Zazou, un canapé ou un barbecue deviennent des instruments. Une métamorphose qui fait jaillir des images et des sons du décor. Comme si ces musiciens inventaient la musique d'un film dont chaque spectateur est le héros.

    Un canapé installé au milieu de la scène. Une chaise, un lampadaire qui éclaire et une table posée sur ses quatre pieds. Attention ! Ces objets racontent une histoire inattendue. L'accoudoir du sofa est une harpe et la lampe un instrument à cordes. Quant aux chaises, elles sont musicales, bien sûr. Dans les huit tableaux d'Obstinato, des ustensiles et outils détournés de leur fonction première - cafetière, tuyaux PVC, meuleuse, barbecue, valise, verres et bouteilles, etc. - deviennent des instruments qui se mêlent aux guitares électriques, aux synthés ou à la flûte à bec. Alain Graine est le maître de ces transformations. Pourquoi inventer des instruments ? « Si Adolphe Sax n'avait pas cherché, le saxophone n'existerait pas », constate avec justesse Jean-François Hoël, l'un des membres et compositeurs de Zic Zazou. Trompettiste, accordéoniste, violoniste, Alain Graine est le luthier de la troupe dont on avait déjà remarqué les étonnantes inventions en 2006, lors de la précédente création de Zic Zazou, La Brocante sonore : piano-accordéon à queue, briques, tuiles et ardoises-xylophones, machine à percussion avec des poulies et d'autres tout aussi insolites sont exposés au Café de la danse, escale parisienne du groupe.

    Une histoire d'hommes

    Obstinato, le nom souligne assez l'opiniâtreté de cette formation qui affiche fièrement ses trente années d'existence, dont les vingt dernières sans changement de personnel. Pas de stars, pas de leader chez ces artistes venus de Picardie et dont une bonne moitié est issue du conservatoire d'Amiens. Des musiciens aguerris qui font le tour du monde et proposent diverses formules, du spectacle de rue, dont ils se revendiquent et d'où ils viennent, à la grosse machinerie scénique. Cette drôle d'équipe compte en son sein un clown, François Trouillet, chahuteur en chef. Comme les gens du cirque ancien, ils installent eux-mêmes leur matériel et le rangent à la fin du spectacle. Musiciens et régisseurs, ils partagent tout, y compris les compositions. Dans Obstinato, il n'y a qu'une reprise, la musique du Clan des Siciliens, d'Ennio Morricone, jouée avec des petits pianos à pouce : « on n'a pas choisi ce morceau par hasard, sourit Jean-François Hoël. Zic Zazou est une histoire d'hommes, de mafia, de famille ! ».

    Regarde les hommes jouer

    Toujours le mot pour rire. Surtout d'eux-mêmes. Jouer de la musique, c'est s'amuser, c'est aussi jouer avec les objets et c'est encore jouer avec les mots (bien que les seules paroles prononcées pendant le spectacle soient samplées) : Obstinato est un mot valise qui marie obstination et ostinato, procédé fondé sur des boucles couramment utilisé dans la musique répétitive. Mais jouer, c'est d'abord jouer pour et avec le public. À la fin de leur spectacle celui-ci accompagne l'orchestre à l'aide de flûtes fixées sur des gonfleurs de camping. Jean-Pierre Bodin, metteur en scène de Chemise propre et soulier vernis et du Banquet de la Sainte Cécile, grand amateur de musiques de bal et d'harmonie, a travaillé avec Zic Zazou pour ce spectacle. « Il nous a amené à chercher à travers nos compositions musicales des ressorts. Il a mis en jeu des situations existantes au sein du groupe », explique Jean-François Hoël.

    Des images plein la tête

    Jean-Pierre Bodin imagine des combinaisons, met un individu en avant, ou dynamite le collectif avec les incompréhensions qui lui sont propres (de la difficulté de fixer une date de rendez-vous quand on est un groupe). Ou encore imagine un duo, comme ce dernier tableau intitulé Le Siamois, étrange procession de paires d'hommes raccordés par des tuyaux PVC emmanchés les uns dans les autres. Des tuyaux qu'ils grattent comme des instruments à vent, dans lesquels ils soufflent ou sur lesquels ils frappent comme des percussions. Mais ne cherchez pas d'histoire dans Obstinato. Ce n'est qu'une suite de tableaux, de couleurs, de situations burlesques, légères, fantaisistes. On en ressort avec des images plein la tête. Les spectateurs de tous âges (à partir de six ans) peuvent y assister. Pas seulement parce que c'est court (une heure et dix minutes), mais parce que chacun repart avec son film, son rêve, son bout d'imaginaire. « Dans ce spectacle, souligne Jean-François Hoël, il y a des références pour les adultes auxquelles les enfants ont accès. »

    Obstinato, par Zic Zazou
    Du 25 janvier au 5 février. Café de la danse. Paris 11ème


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