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    Les Halles de Doisneau sans clichés

    09/02/2012

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    Le photographe, qui aurait eu cent ans cette année, n'a jamais cessé de photographier les Halles. Ses images, rassemblées dans un livre, sont exposées à l'Hôtel de ville de Paris du 8 février au 28 avril. Elle révèlent une autre image de Robert Doisneau. Explications.

    On connaît l'histoire : en 1969, les Halles de Paris sont transférées à Rungis. Le marché ancestral, reconstruit de 1852 à 1870 par Baltard, n'est plus adapté à la ville qui se modernise. Les riverains souffrent des désagréments propres à cette foire quotidienne. Elle devient malcommode. Personne ne s'oppose vraiment à leur déménagement. Quant aux magnifiques pavillons de verre et de métal que le monde entier nous envie, pourquoi ne pas les transformer en équipements culturels ? Le gouvernement de Georges Pompidou ne l'entendra pas de cette oreille et détruira ce formidable patrimoine malgré la mobilisation des Parisiens. À travers ses photos, Robert Doisneau a témoigné de la vivacité de ce secteur, de sa transformation, mais aussi de la lutte de ces habitants pour qu'il (sur)vive. Une lutte qui perdure puisque l'aménagement des Halles pose encore de nombreuses questions aujourd'hui. Comme si ce quartier se vengeait.

    Question de contexte

    Vladimir Vasak raconte cette histoire en détail dans sa robuste préface à l'ouvrage Doisneau Paris Les Halles dont les photos sont exposées dès aujourd'hui à l'Hôtel de ville. Journaliste à Arte, il a déjà préfacé Un voyage en Alsace, 1945, autre ouvrage du photographe. Dans cette introduction en forme d'enquête, il replace ces images dans leur contexte : « J'ai fait parler des anciens habitants du quartier, j'ai interrogé des politiques en charge du dossier à l'époque pour finalement me demander comment, de façon très dogmatique, on a tout détruit du jour au lendemain en 1971. » En 1933, Doisneau a vingt et un ans, il réalise sa première image des Halles intitulée « Les filles au diable » : deux donzelles assises sur une charrette à bras tirée par un gaillard à casquette, à proximité de l'église Sainte-Eustache. Le sol est lavé à grande eau, il fait jour, on remballe. Autour la foule s'affaire. L'Inauguration du Forum des Halles clôt cette série. Elle date de 1979 et représente un vieil homme seul, un appareil photo à la main, désemparé. Pendant 46 ans, Doisneau aura pris des milliers de clichés, dont quelques-uns en couleurs, méconnus et somptueux.

    Au-delà de Doisneau

    Ces photos permettent « d'aller au-delà de l'image classique » que l'on garde du photographe, souligne qui aurait eu cent ans cette année. Vladimir Vasak insiste d'ailleurs sur la dimension engagée du journaliste et reporter « essayant de garder la mémoire de ce qui s'est passé.
    À partir du moment où il a su que le marché allait quitter le cœur de Paris il a voulu saisir ces instants-là. Sous les pavillons Baltard, il y avait des personnages, une histoire, une fonction sociale et ça il y tenait beaucoup. Ce qui l'intéressait, c'était ce petit peuple qui faisait tourner Paris, qui le nourrissait. » On le voit bien à travers ses portraits : du boucher aux vendeurs de poissons, des ces clients rapportant des victuailles à ces commis qui se réchauffent près des braseros, entre des piles de cageots. Mais Doisneau a pour ambition de dépasser le pittoresque. « Il se rend à Rungis pour essayer de comprendre, explique Vladimir Vasak. Il tombe sur des gens un peu perdus, un peu paumés et il est lui-même un peu égaré dans ce marché qui paraît trop grand pour lui. »

    « L'homme à la dérive »

    « Paris perd son ventre et un peu de son esprit », écrit Doisneau dans un texte lu par Christian Olivier, le chanteur de Têtes Raides, dans un web documentaire diffusé par France Télévisions parallèlement à cette exposition. Il poursuit : « Je me moque du noctambule qui ne n'y trouvera plus le bain de fraîcheur après les plaisirs frelatés de la nuit mais je pense à l'homme à la dérive, ses amis dans la ville endormie où les téléphones sont muets, il accostait aux Halles, un peu de chance, il y a trouvait de quoi vivre ; un peu de chance encore, il était adopté. » Comme si entre les lignes le photographe rendait hommage au journaliste et écrivain Robert Giraud, son ami qui, à la Libération, débarquant de son Limousin natal, se coltine des cageots pour survivre. Il racontera cette expérience dans Le Vin des rues, livre indispensable à qui veut appréhender Paris la nuit. L'artiste reconnaîtra sa dette envers Giraud, son guide nocturne à travers les Halles. Vladimir Vasak évoque cette amitié même si la plupart des photos présentent le marché des Halles au grand jour, comme le cœur battant de la capitale que la spéculation peut brutalement débrancher. Une brutalité dont le regard visionnaire de Robert Doisneau a su si bien représenter.

    Le livre : Doisneau Paris Les Halles. Préface Vladimir Vasak, éditions Flammarion, 30 €.
    L'exposition : Hôtel de ville de Paris. Du 8 février au 28 avril. Gratuit


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