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    Ai Weiwei : dissident sino rien

    21/02/2012

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    À l'occasion de l'exposition « Entrelacs », au Jeu de Paume, dédiée au travail photographique d'Ai Weiwei, voici les cinq choses à savoir sur l'artiste chinois en vogue.

    Les médias culturels ne parlent que de lui : Ai Weiwei, l'artiste qui a osé défier le gouvernement chinois, qui est allé en prison à cause de ça - 81 jours de détention entre avril et juin 2011. Aujourd'hui remis en liberté sous caution, il est assigné à résidence à Pékin. Et depuis, il n'a jamais fait autant parler de lui. Le numéro un du classement des « 100 personnalités les plus influentes du monde de l'art » (selon le magazine Art Review) est pourtant un homme bien plus complexe et plus passionnant que ça. La preuve par cinq.

    1/ Il appartient à l'élite mais travaille pour le plus grand nombre

    Fils du poète Ai Qing (un des plus grands écrivains chinois du XXème siècle), Ai Weiwei est l'héritier d'une élite culturelle. Envoyé en camps de rééducation avec toute sa famille lorsque son père fut déclaré « ennemi du peuple » en 1957, il n'est pas un homme du peuple. « C'est un artiste très intellectuel qui a toujours été nourri par son éducation, précise Bérénice Angremy, épouse de l'artiste Huang Rui, un ami de Ai. Il vient d'une famille riche et a vécu, entouré d'objets de grandes valeurs. » Pourtant, Ai Weiwei se pose en une sorte de Robin des bois tournant le dos aux élites, snobant le marché de l'art asiatique et fuyant les mondanités habituelles pour respect fidèle à ses valeurs. « Il a senti qu'utiliser sa vie et sa célébrité pour les autres étaient important, précise Alison Klayman, réalisatrice du documentaire Ai weiwei : never sorry. Le Chinois moyen n'a probablement aucune idée de son travail mais il reste important car il a cette capacité de s'attaquer à des sujets sensibles pour l'opinion publique. »

    2/ Il fait des doigts à tout le monde mais il est humaniste

    Présenté au Jeu de Paume, la série intitulée « study of perspective » montre un majeur rageur (au premier plan) lancé à tous les monuments du monde (en arrière plan). Si le geste se passe de commentaires, il faut le mettre en parallèle avec les photos de son séjour à New York pour en comprendre tous les enjeux : en 1981, il part aux Etats-Unis et documente sa vie sur place. Si les clichés pris aux Etats-Unis peuvent paraître anodins - et sans intérêt artistique à proprement parler -, la plupart des chinois présents sur ceux-ci deviendront des acteurs majeurs de leur pays, en littérature ou en peinture. « Là-bas, il a rencontré le monde, explique Alison Klayman. Et, comme il le dit, une fois que l'on a goûté à la liberté, cela vous reste dans le cœur et personne ne peut vous le retirer. » Ainsi éclairé, « study of perspective » et la plupart des travaux photosgraphiques d'Ai Weiwei expriment la frustration d'un homme « privé du monde » et illustrent ce qui anime la scène artistique chinoise depuis près de vingt ans maintenant. Liu Bolin confirme : « Son travail présente le besoin de poursuivre la vérité et est le symbole d'une recherche de liberté. C'est pour ça que son travail est si populaire dans le monde. »

    3/ Il a été céramiste mais il aime casser des vases

    « Dropping a Han Dynasty Urn » est probablement son oeuvre la plus célèbre et le point de jonction entre deux facettes de l'artiste : d'un côté, le photographe qui documente sa rebéllion ; de l'autre, effacé derrière le champion de la liberté, l'artiste conceptuel fasciné par Marcel Duchamp qui joue avec l'héritage de son pays. En 1977, Ai Weiwei passe l'été à apprendre l'art de la céramique avec un maître, avant de rejoindre la Beijing Film Academy, On constate chez lui, au travers de ses installations, son souci de montrer l'effritement de l'héritage culturelle de son pays : le vase de la Dynasty Han sur lequel il peint le logo Coca-Cola, les 32 tabourets de la Dynastie Qing en forme de hérisson, évocation des 32 années que durèrent La République de Chine (1912 – 1949) avant de devenir La République populaire de Chine, ou les “sunflower seeds” par million qu'il fit peindre à la main par 1600 artisans et ouvriers de la ville de Jingdezhen, dans le seul but d'être foulé par les visiteurs. « Son travail permet de re-penser la société, commente l'artiste Liu Bolin. Cela a beaucoup contribué à “ l'illumination intellectuelle” de la nouvelle culture chinoise. »

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