• Lulu Gainsbourg : « Mon disque est très casse-gueule »

    Lulu Gainsbourg : « Mon disque est très casse-gueule »

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    03/01/2012

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    Propos recueillis par Adrien Toffolet

    Pour son premier album, Lulu, fils de Serge Gainsbourg, a choisi l'exercice difficile de reprendre les chansons qui ont fait le succès de son père. Un pari risqué ? Il s'en contrefiche.

    Lulu a 24 ans et une ombre qui plane au dessus de lui depuis sa naissance. Celle de son père, héritage inestimable mais boulet au pied de tout "fils de". Après être resté discret et avoir étudié la musique de manière professionnelle aux USA, Lulu a décidé de rendre hommage à son père en sortant ce disque « From Gainsbourg To Lulu ». En clair, au lieu de se détacher de lui, il a fait l'inverse en choisissant de réinterpréter ses meilleures chansons. Il change les styles des chansons et invite une palette d'invités variée, d'Iggy Pop à Ayo en passant par Scarlett Johansson. Le résultat n'a rien d'excitant, ni de véritablement intéressant et aura pour effet d'hérisser le poil de tout fan du grand Serge. Mais il aura néanmoins l'utilité de faire découvrir un jeune homme humble, timide et qui n'a pas la prétention de rentrer en compétition avec son père, ni l'audace dérangeante de se servir de son nom de famille pour lancer sa carrière.

    Quel regard aviez-vous sur l'œuvre de votre père quand vous étiez plus jeune ?

    Je ne connais pas toute l'œuvre de mon père, même aujourd'hui. Il y a ses chansons, toutes les musiques de films et puis les chansons qu'il a composées pour les autres… C'est énorme ! Si je dois citer une période préférée, j'ai toujours adoré sa période électro-funk avec son dernier album « You're Under Arrest ». J'ai commencé par ça. Et puis je me suis intéressé aux premiers titres comme « Le poinçonneur des Lilas. »

    Et maintenant, en tant que musicien professionnel, est-ce que vous êtes plus critique sur la qualité de certaines chansons ?

    Lulu GainsbourgLulu GainsbourgPas vraiment. Il y a tellement de chansons grandioses, comme « Initials BB » basée sur la "Symphonie du Nouveau Monde" de Dvorak. Il a reprit beaucoup de classique, du coup, on pourrait croire que c'est par facilité. Mais au contraire, c'est déjà difficile de faire que ce soit aussi beau, mais lui arrivait en plus à écrire un texte magnifique par dessus. Je ne suis pas d'accord avec lui quand il disait que ses morceaux sont de l'art mineur car il a réussi à écrire de la poésie et à la mettre en musique. Un morceau comme « La Noyée. », c'est génial ! C'est mon titre préféré. Quand je l'ai découvert, j'étais sidéré, car la première fois que je l'ai entendue, c'était Carla Bruni qui la chantait. Je pensais que c'était elle qui l'avait écrite…

    Vous gardiez donc une certaine distance par rapport à tout ce qu'il avait fait ?

    Oui, mais de manière involontaire. J'ai découvert son univers par curiosité en fait, comme on découvre chaque artiste, qu'il s'agisse de mon père ou d'un autre. Je ne me suis jamais senti « obligé » de me plonger dedans.

    Vous écoutiez plutôt quoi alors ?

    J'adore la musique des années 70 et 80. J'ai écouté Justin Bieber mais ce n'est pas du tout mon truc (rires). J'adore les classiques en fait, Queen, Michael Jackson, Leonard Cohen, Jimi Hendrix, Radiohead… Depuis peu, j'écoute beaucoup le bassiste de jazz, Pastorius. C'est superbe.

    Vous avez suivi des études de musique très poussées. Etait-ce dans le but de devenir musicien professionnel ?

    Non, pas du tout. C'était par pur plaisir. C'est ma mère qui m'y a encouragé, mais personne ne m'a forcé la main. Au début c'était difficile car je suis quelqu'un de perfectionniste. Je voulais jouer comme le CD et c'était impossible car je ne suis pas Mozart ! (rires) Je pense qu'avant, j'avais peur d'en faire mon métier, et puis finalement, l'évidence m'a rattrapé.

    Est-ce que vous appréhendez quand même d'écrire des musiques et des textes ?

    Au niveau des textes, je ne m'y risque même pas mais par contre je compose des musiques depuis quelque temps déjà. Je m'exprime uniquement à travers la musique. Je ne sais pas écrire mais je peux dire à peu près ce que je veux avec un piano, c'est mon langage.

    Si vous savez composer, pourquoi avoir fait cet album de reprises ?

    C'est un album hommage. L'idée est venue sur un coup de tête. Au début, avec mon ami ingénieur du son, on en avait discuté pour rire. Mais au fur et à mesure, on a commencé à devenir sérieux, à prendre des notes, à faire une petite liste de chansons. Mais j'en ai bien parlé à ma mère et à quelques amis avant de me lancer.

    Ils ne vous ont pas dit que c'était risqué de commencer une carrière par des reprises de son père ?

    Si, mais de toute façon c'est toujours risqué. Tu ne peux pas savoir comment les gens vont réagir, surtout si tu reprends du Serge Gainsbourg et que tu touches aux arrangements, aux styles, etc… J'ai essayé de rénover tout en restant fidèle, mais je sais que ce projet est très casse-gueule.

    C'est effectivement le meilleur moyen d'être catalogué de « fils de ».

    Oui, peut-être. Mais peu importe. J'avais envie de faire ce projet, de rendre hommage à mon père. Et puis le point fort, c'est que je suis le seul à proposer cette vision, surtout avec une telle liste d'invités qui chantent et jouent. Mais il y en a qui aimeront, d'autres qui n'aimeront pas, c'est humain.

    Vous vous imaginez faire quoi après cet album alors ?

    Je ne sais pas encore… Ca m'étonnerait que je finisse en star de rock, je ne suis pas Iggy Pop… (il hésite) Le classique c'est trop compliqué, du jazz, je ne sais pas en jouer… Mon univers musical est très cinématographique, donc qui sait, peut-être écrire des musiques de films, ou alors composer pour des interprètes.